• Avec les volumes libres de l’architecture de la Maison de la culture de Gatineau, Boucher trouve l’occasion de déployer toute la charge symbolique de son matériau de prédilection, le bois. D’abord, comme le support traditionnel de notre mémoire culturelle depuis le papyrus (on est dans un centre d’archives, d’expositions, de formation artistique et de spectacles); puis, plus largement, comme le creuset organique des forces cosmiques (au voisinage des forêts du Parc de la Gatineau, deuxième plus important du Canada par la fréquentation.)

    L’oeuvre, Forêt gigogne, est monumentale, elle occupe trois espaces distincts ouverts sur deux étages, connectés l’un à l’autre visuellement, mais aussi par une volée de marches. Les matériaux sont les mêmes partout : merisier, incrustations ou rubans d’acajou, d’érable, d’ébène et de platane, semences, laques évoquant la résine et la sève. De même pour les éléments graphiques : feuilles, branches, fleurs, frondaisons, anneaux du bois. L’espace est à parcourir comme on circule en forêt.

    Sur une paroi en blocs architecturaux, la ligne de rencontre d’un diptyque divise le mur sur la hauteur dans un rapport de nombre d’or. Les deux parties, aux proportions du nombre d'or, sont subdivisées en larges pans rectangulaires… aux proportions du nombre d’or. De près, les segments se lisent comme une composition abstraite autonome. Avec du recul, comme une mosaïque géante composant la silhouette d’une frondaison dans la moitié du haut, comme sa réflexion sur un plan d’eau dans la moitié du bas, encastrée dans des boitiers de verre, tels autant de vaguelettes s’entrechoquant.

    Le nombre d’or est encore partout dans deux colonnes de tableaux disposées en symétrie gauche-droite, formant un arbre à échelle réelle. Un entrelacs de lignes, fait d'essences de bois incrustées, de veinures gravées, de rainures de verre sablé, avec en filigrane un tourbillon de feuilles, compose une spirale ascendante qui aspire le regard.

    Enfin, sur le mur de béton coulé où s’appuie l’escalier, un polyptyque de cinq cercles de rubans de bois, gravés et laqués, se lit individuellement, à hauteur des yeux, dans l’intimité : cinq coupes transversales d’un arbre. La symétrie de rotation et la symétrie d’échelle, associée aux fractals, créent un effet de zoom in / zoom out selon qu'on monte ou descend les marches.

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