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Au sud de Montréal, au bord de la grande rivière Richelieu, la petite ville de Mont-Saint-Hilaire est nichée entre escarpements et cours d’eau. L’école primaire s’appelle Au fil de l’eau, et le projet éducatif s’annonce axé sur le respect de soi, des autres et de l’environnement.
Bien qu’imposante, Réflexion est une oeuvre ludique. Le bois est un matériau follement polyvalent et les enfants ont le bricolage dans le sang. La configuration normalement plane d’un panneau est ici disloquée en facettes, composées de 45 modules de bois assemblés à angle. L’ensemble, pourtant rigide, à l’oeil ondule à l’horizontale comme à la verticale. Le chatoiement de vaguelettes ainsi obtenu donne corps et consistance à l’image elle-même, inspirée par la rivière et la montagne qui s’y reflète.
Deux principes mathématiques sont en jeu. Le premier est cette symétrie de réflexion : dans la partie supérieure, un mont et ses aspérités se profilent dans des teintes automnales claires et dorées, tandis que dans la partie inférieure, il est reproduit à l’inverse et comprimé dans des teintes plus sombres : son reflet sur l’eau comme rougie de feuilles mortes.
Le deuxième principe est la symétrie d’échelle. Pour l’enfant qui arrive devant l’école, les proportions entre le coeur historique modeste de la ville et son immense écrin de nature font ressentir cette dernière comme grandiose et immuable. À l’entrée dans le grand bâtiment, l’oeuvre qui l’accueille ramène soudain ce paysage à portée de sa main. À son échelle, le grandiose devient approchable… et fragile.
RÉFLEXION | École Au-Fil-de-l’Eau de Saint-Hilaire; merisier russe gravé et peint; 250 x 250 cm; 2003.